Cristiano Ronaldo aura 41 ans en février 2026. La question n’est pas de savoir s’il sera convoqué – c’est de savoir si le Portugal ose lui dire non. L’ère post-Ronaldo est un concept dont on parle depuis cinq ans sans jamais le voir se concrétiser. À chaque compétition, le sélectionneur annonce une transition, et à chaque compétition, Ronaldo est dans la liste. Le Portugal à la Coupe du Monde 2026 est l’équipe la plus talentueuse qui ne sait pas encore qui elle est – parce que son identité a été définie par un seul homme pendant vingt ans.
Ronaldo ou pas Ronaldo ? La vraie question
Lors de l’Euro 2024, j’ai regardé Ronaldo pleurer sur le terrain après avoir raté un penalty contre la Slovénie. Ces larmes étaient celles d’un champion qui refuse l’évidence de son propre déclin. Ronaldo ne manque pas de détermination – il manque de cette fraction de seconde qui fait la différence entre un tir cadré et un tir raté, entre un mouvement qui surprend et un mouvement que le défenseur anticipe. À 41 ans, même le meilleur professionnel de l’histoire du football ne peut pas lutter contre la biologie.
Le problème pour le Portugal n’est pas Ronaldo lui-même – c’est l’espace qu’il occupe dans le système. Quand Ronaldo joue, tout le plan offensif gravite autour de lui. Les ailiers centrent pour Ronaldo. Les milieux cherchent Ronaldo. Les coups francs sont pour Ronaldo. Ce système fonctionnait quand Ronaldo convertissait 30 % de ses occasions. Il ne fonctionne plus quand ce pourcentage tombe à 15 %. Et pendant ce temps, des joueurs comme Rafael Leão, Pedro Neto et Gonçalo Ramos regardent depuis le banc, frustrés de ne pas recevoir les ballons que leur talent mérite.
Mon avis de Belge qui a vu sa propre sélection gérer le crépuscule d’Eden Hazard : le plus grand acte de courage d’un sélectionneur est de dire non à une légende. Martínez a mis trop longtemps à le faire avec Hazard. Le Portugal risque de commettre la même erreur avec Ronaldo – sacrifier le potentiel collectif sur l’autel de la gratitude individuelle. Si le sélectionneur portugais annonce une liste sans Ronaldo pour le Mondial 2026, ce sera le moment le plus courageux et le plus controversé de l’histoire de la sélection lusitanienne. S’il le convoque, le Portugal arrivera avec un joueur de 41 ans qui monopolise l’attention et les ballons – et le talent autour de lui suffoquera.
La transition post-Ronaldo est d’autant plus complexe que le joueur n’a pas annoncé sa retraite internationale. Contrairement à Messi, qui a pris cette décision de lui-même après la Copa América 2024, Ronaldo laisse la porte ouverte – ce qui place le sélectionneur dans une position impossible. Convoquer Ronaldo, c’est limiter le potentiel tactique de l’équipe. Ne pas le convoquer, c’est s’exposer à la fureur d’un pays entier qui vénère son plus grand joueur. Aucun sélectionneur ne veut prendre cette décision – et c’est pourquoi, à trois mois du Mondial, elle n’a toujours pas été prise.
L’effectif portugais noté sur 10
Rafael Leão est le joueur le plus frustrant et le plus talentueux de cet effectif. Quand il est motivé – et c’est un conditionnel de taille – Leão est capable de gestes que personne d’autre au Mondial ne peut reproduire. Sa vitesse de pointe, sa technique en course et sa capacité à éliminer deux ou trois défenseurs sur une seule action en font un joueur de classe mondiale. Le problème est sa régularité émotionnelle – Leão peut être invisible pendant 70 minutes et décisif pendant 20, ce qui oblige le sélectionneur à parier sur l’explosion plutôt que la construction. 7/10 – un 9/10 de talent brut dilué par un 5/10 de constance.
Bruno Fernandes au milieu de terrain est le moteur créatif de cette équipe – passes décisives, coups francs, leadership vocal et technique. Sa capacité à trouver des ouvertures dans des espaces encombrés et à déclencher des attaques rapides est un atout majeur, particulièrement dans les matchs de phase de groupes contre des équipes qui défendent bas. Son défaut est la tendance à forcer le jeu quand les choses ne vont pas – trop de tentatives de passes impossibles qui finissent en possession adverse. 7/10.
Bernardo Silva reste le joueur le plus intelligent de cette sélection – celui qui comprend les espaces avant que les autres ne les voient. Sa qualité technique, héritée du centre de formation de Benfica et polie à Manchester City, en fait un milieu offensif de tout premier plan. Le duo Bernardo Silva–Bruno Fernandes donne au Portugal l’un des milieux de terrain les plus créatifs du tournoi – mais aussi l’un des moins défensifs. 8/10.
Rúben Dias en défense centrale est le roc sur lequel repose la solidité portugaise. Sa lecture du jeu, sa capacité à organiser la ligne défensive et son jeu aérien font de lui l’un des meilleurs défenseurs centraux du Mondial. Sa saison à Manchester City sous Guardiola lui a donné une qualité de relance au pied qui dépasse ce qu’on attend d’un défenseur central traditionnel. À ses côtés, Antonio Silva de Benfica représente la relève – un défenseur jeune et rapide dont la progression ces deux dernières saisons a été fulgurante. La charnière Dias–Silva pourrait devenir l’une des plus solides du tournoi si la complicité se confirme. 8/10 pour Dias individuellement, 7/10 pour la paire si Silva confirme.
Diogo Costa dans les buts est un gardien complet – bon dans les airs, excellent au pied, et doté de réflexes qui lui ont permis de briller lors des séances de tirs au but à l’Euro 2024, où il a arrêté trois penalties consécutifs contre la Slovénie. Ce fait d’armes a installé une confiance collective qui dépasse la simple performance individuelle – le Portugal sait que dans les moments de vérité, son gardien est capable de l’extraordinaire. 7/10.
Diogo Jota et Gonçalo Ramos offrent des options en pointe qui dépendront directement de la présence ou non de Ronaldo. Si Ronaldo est absent, Ramos hérite du rôle de buteur principal – un neuf moderne, mobile, capable de presser haut et de combiner avec les ailiers. Son triplé en huitièmes de finale du Mondial 2022 contre la Suisse a montré ce qu’il peut faire quand on lui donne la liberté de jouer. Si Ronaldo est présent, Ramos regarde depuis le banc, et le Portugal perd cette mobilité offensive qui fait sa force. 7/10 pour Ramos dans un Portugal sans Ronaldo, 5/10 dans un Portugal avec Ronaldo comme titulaire indiscutable.
L’effectif portugais dans sa globalité mérite un 7,5/10 – plus talentueux que les cotes ne le suggèrent, mais otage d’une question extra-sportive qui déterminera la direction tactique du tournoi. Un Portugal sans Ronaldo serait l’outsider le plus dangereux du Mondial. Un Portugal avec Ronaldo serait une équipe talentueuse qui joue à la moitié de son potentiel offensif.
Groupe K – RD Congo, Ouzbékistan, Colombie
Le Groupe K est intéressant par sa diversité – un géant africain, un représentant asiatique en pleine ascension et une puissance sud-américaine expérimentée. La Colombie est clairement l’adversaire principal du Portugal – une équipe avec une tradition de Coupe du Monde, des joueurs évoluant dans les meilleurs championnats européens et un football technique qui peut rivaliser avec le Portugal balle au pied. Luis Díaz de Liverpool, James Rodríguez s’il est encore convoqué, et une génération de jeunes milieux de terrain font de la Colombie un adversaire que le Portugal ne dominera pas facilement.
La République Démocratique du Congo, pour sa première Coupe du Monde depuis 1974 – sous le nom de Zaïre – vivra un moment historique. L’écart de talent avec le Portugal est considérable, mais l’émotion d’un retour après 52 ans d’absence peut générer des performances qui dépassent les prévisions rationnelles. Le football congolais a produit des talents remarquables ces dernières années, et plusieurs joueurs de la sélection évoluent dans des championnats européens de premier plan. L’Ouzbékistan, en pleine progression grâce à une politique de développement ambitieuse, apportera une opposition technique et physique qui a surpris bien des équipes asiatiques lors des qualifications. Leur style de jeu combinatif, inhabituel pour une équipe d’Asie centrale, pourrait déstabiliser des adversaires qui s’attendraient à un bloc défensif.
Mon pronostic : Portugal et Colombie se disputeront la première place, probablement lors du match direct qui sera le choc du Groupe K. Le vainqueur de cette confrontation aura un avantage significatif pour la suite du tournoi – et le Portugal devra être à son meilleur niveau pour dominer la Colombie, indépendamment de la question Ronaldo.
Les cotes du Portugal : outsider crédible
Le Portugal est coté entre 12.00 et 18.00 pour le titre – dans la même fourchette que les Pays-Bas et l’Allemagne. Mon évaluation dépend entièrement de la composition de l’effectif. Un Portugal sans Ronaldo, avec Leão, Bernardo Silva, Bruno Fernandes et Ramos en attaque, vaut plutôt 10.00 – un outsider de luxe avec le talent pour atteindre les demi-finales. Un Portugal avec Ronaldo en titulaire vaut plutôt 18.00 – une équipe qui sacrifie sa fluidité offensive pour accommoder une légende en fin de parcours.
La value se trouvera dans la composition de la liste des 26. Si Ronaldo n’est pas convoqué, les cotes vont immédiatement baisser – et il faudra parier avant cette annonce pour capturer la value maximale. Si Ronaldo est convoqué, la cote restera élevée – et elle sera justifiée. Mon conseil : attendez la liste officielle avant de parier sur le Portugal. La réponse à la question « Ronaldo ou pas Ronaldo » vaut davantage que n’importe quelle analyse tactique ou statistique.
L’héritier sans testament
Le Portugal au Mondial 2026 est l’équipe la plus imprévisible du tournoi – pas à cause de son niveau de jeu, mais à cause d’une décision humaine qui n’a pas encore été prise. L’effectif portugais, libéré de l’obligation de servir Ronaldo, serait l’un des plus excitants du Mondial. Leão à gauche, Bernardo Silva dans l’axe, Bruno Fernandes en chef d’orchestre, Ramos en pointe – ce Portugal-là fait peur. L’autre Portugal – celui qui joue pour et autour d’un joueur de 41 ans – serait une occasion gâchée de proportions historiques.
Mon pronostic est conditionnel : sans Ronaldo, demi-finale. Avec Ronaldo, huitièmes de finale ou quarts au mieux. La différence entre les deux scénarios est le résumé parfait du dilemme portugais – et personne, à ce jour, ne sait lequel se réalisera.