Le groupe des Bleus passe à la loupe belge
En tant que Belge, je suis génétiquement programmé pour surveiller ce que fait la France dans les grands tournois. Nos voisins du sud nous ont brisé le coeur en demi-finale de la Coupe du Monde 2018, et depuis, chaque tirage au sort est l’occasion de mesurer la distance qui nous sépare – où nous rapproche. Le Groupe I de ce Mondial 2026 offre à la France un parcours qui semble royal sur le papier : Sénégal, Norvège, Irak. Mais j’ai appris a me méfier des évidences.
La France de Didier Deschamps arrive dans ce tournoi avec un palmarès inégalable dans le football contemporain : deux titrès mondiaux (2018, et la finale perdue en 2022 n’était qu’aux tirs au but), un effectif qui déborde de talents à chaque poste, et un sélectionneur qui, quoi qu’on pense de son style, gagne. Mais le Groupe I n’est pas un couloir vide. Le Sénégal a prouvé lors de la CAN et du Mondial 2022 qu’il pouvait rivaliser avec n’importe qui. La Norvège d’Erling Haaland représente une menace physique et offensive que personne ne peut ignorer. Et l’Irak, malgré son statut modeste, arrive galvanisé par une qualification historique.
Voici comment je vois ce groupe, avec le regard d’un analyste belge qui espère secrètement que les Bleus trébuchent – mais qui doute que cela arrive.
Quatre équipes, quatre profils – verdict
France – la machine Deschamps
Que peut-on écrire sur la France que tout le monde ne sache déjà ? Kylian Mbappé au Real Madrid, Antoine Griezmann en fin de carrière mais toujours aussi décisif dans les grands matchs, une défense construite autour de joueurs qui évoluent dans les plus grands clubs européens. L’effectif français est probablement le plus profond du tournoi : même les remplaçants seraient titulaires dans la plupart des autrès équipes. Je note la France à 9/10 dans ce groupe – et ce point manquant, c’est la seule incertitude liée à la motivation en phase de groupes. Deschamps a toujours gère les premiers matchs avec une certaine prudence, parfois excessive, qui peut ouvrir la porte à des résultats inattendus. Son 4-2-3-1 classique reste l’un des systèmes les plus éprouvés du football international, même si certains le trouvent conservateur.
Le véritable enjeu pour les Bleus n’est pas de se qualifier – c’est de le faire en conservant leur énergie pour la phase éliminatoire. Un parcours sans-faute en groupe, avec une rotation intelligente au troisième match, serait le scénario idéal. Et Deschamps connaît ce scénario par coeur.
Sénégal – les Lions ne rugissent pas pour rien
Le Sénégal de 2022, champion d’Afrique et huitième-de-finaliste au Qatar, a laissé une empreinte forte. L’équipe de 2026 est différente dans sa composition mais identique dans son ambition : représenter l’Afrique au plus haut niveau. Après Sadio Mané, une nouvelle génération de joueurs a émergé dans les grands championnats européens, et le football sénégalais conserve ses fondamentaux – puissance athlétique, engagement physique, vitesse en transition.
Mon évaluation : 6/10 dans ce groupe. Le Sénégal a les moyens de battre la Norvège et l’Irak, ce qui lui donnerait 6 points et probablement la deuxième place. Le match contre la France sera le moment où les Lions devront montrer s’ils peuvent rivaliser avec l’elite mondiale en 2026. Historiquement, les équipes africaines ont souvent surpris en phase de groupes – le Cameroun en 1990, le Sénégal lui-même en 2002 avec sa victoire inaugurale contre la France tenant du titre, et le Maroc en 2022 avec un parcours jusqu’aux demi-finales. La tradition joue en faveur des Lions, et le précédent de 2002 donne à ce France-Sénégal une saveur toute particulière.
Norvège – Haaland et les autres
La présence de la Norvège dans ce Mondial est déjà un événement : les Scandinaves n’ont plus participé à une Coupe du Monde depuis 1998. Vingt-huit ans d’absence. Et si la Norvège est là, c’est en grande partie grâce à un seul homme : Erling Haaland. L’attaquant de Manchester City est une force de la nature, capable de marquer dans n’importe quel contexte, et sa simple présence dans la surface adverse suffit à déstabiliser les défenses les plus solides. Son ratio de buts en sélection dépassé les 0.6 par match – un chiffre qui parle de lui-même à ce niveau.
Mais – et c’est un grand « mais » – la Norvège reste une équipe limitée en dehors de Haaland. Le milieu de terrain manque de créativité au plus haut niveau, la défense n’a pas été testée régulièrement contre des attaques de classe mondiale, et la profondeur du banc est faible comparée aux autrès participants européens. Martin Ødegaard, capitaine d’Arsenal, apporte de la qualité technique, mais il ne peut pas tout faire seul au milieu. Je note la Norvège à 5.5/10 dans ce groupe. Haaland peut changer un match à lui seul, mais il ne peut pas compenser les lacunes collectives sur trois rencontres. Le duel Sénégal-Norvège pour la deuxième place sera l’un des matchs à surveiller dans ce groupe.
Irak – la qualification du coeur
L’Irak revient en Coupe du Monde pour la première fois depuis 1986 – quarante ans d’absence. Cette qualification est un moment historique pour le football irakien, et l’émotion qui entoure cette équipe ne doit pas être sous-estimée. Dans un pays marqué par des décennies de conflits, le football représente un rare vecteur d’unité nationale, et les joueurs porteront cette responsabilité sur leurs épaules en Amérique du Nord.
Tactiquement, l’Irak s’appuie sur un collectif soudé plutôt que sur des individualités de premier plan. L’équipe manque de joueurs évoluant dans les grands championnats européens, ce qui constitue un handicap réel en termes d’habitude du haut niveau. La plupart de l’effectif joue dans les championnats du Golfe ou en Irak même, ce qui pose la question de l’adaptation au rythme et à l’intensité d’une Coupe du Monde. Mon évaluation : 3.5/10 dans ce groupe. L’Irak aura énormément de mal à prendre des points à la France ou au Sénégal, et même le match contre la Norvège s’annonce très difficile. Mais la joie d’être la, combinée à l’absence de pression sur le résultat, peut produire des performances généreuses – le type de matchs qui rend la phase de groupes si passionnante à regarder, même quand le résultat semble joué d’avance.
Les cotes intéressantes dans ce groupe
Avant de parler des cotes, j’ai vérifié un détail qui à son importance : ce Groupe I est probablement le plus « lisible » du tournoi en termes de hiérarchie. La France devant, le Sénégal et la Norvège en bagarre pour la deuxième place, l’Irak derrière. Les opérateurs licenciés en Belgique reflètent cette lecture avec des cotes très serrées sur la qualification française – autour de 1.05, soit une probabilité implicite de 95%. A ce prix, il n’y a rien à jouer.
Le vrai marché se situe entre le Sénégal et la Norvège. Le Sénégal qualifié est cote autour de 1.80-2.00, la Norvège qualifiée entre 2.50 et 3.00. Je trouve que l’écart est correct mais peut-être légèrement trop généreux envers la Norvège. Haaland est un facteur X énorme, mais une équipe ne se résume pas à un seul joueur en phase de groupes. Le Sénégal me semble plus complet, plus expérimenté dans ce format, et je privilégierais un pari sur la qualification sénégalaise si je devais choisir.
Un marché plus exotique mérite qu’on s’y attarde : le nombre de buts d’Erling Haaland dans le tournoi. Avec trois matchs de poules garantis et un tirage relativement abordable, Haaland pourrait facilement marquer 2 ou 3 buts rien qu’en phase de groupes. Les cotes sur « Haaland marque plus de 1.5 buts en phase de groupes » tournent autour de 2.00 – et c’est une cote que je considère généreuse vu le profil du joueur et la faiblesse relative de deux de ses trois adversaires. Contre l’Irak notamment, la Norvège aura la possession et Haaland sera alimenté régulièrement – c’est exactement le scénario où il est le plus dangereux.
Calendrier et horaires
Le Groupe I se dispute intégralement aux États-Unis, ce qui simplifie légèrement les calculs de fuseau horaire pour les supporters belges – mais n’élimine pas les soirées tardives. La France ouvre contre le Sénégal dans ce qui s’annonce comme le choc du groupe des la première journée. C’est un match que je classerais dans mon top 5 des rencontrès de phase de groupes à ne pas manquer : le champion d’Afrique en titre face au double champion du monde, avec un enjeu tactique considérable pour la suite du groupe.
Le Sénégal affronte la Norvège lors de la deuxième journée dans un match qui déterminera probablement le deuxième qualifié. Ce duel oppose deux philosophies radicalement différentes : le collectif sénégalais, construit sur la solidarite et la vitesse, face à l’individualisme norvégien centre sur la puissance de feu de Haaland. C’est le match pivot du groupe, celui dont le résultat rendra la troisième journée soit formelle, soit dramatique.
Pour les supporters belges francophones qui suivent les Bleus avec un mélange de fascination et de rivalité, la bonne nouvelle est que la plupart des matchs du Groupe I se jouent en soirée, heure américaine, ce qui correspond à des horaires de fin de soirée ou de nuit en Belgique. Pas idéal pour les travailleurs du lendemain, mais mieux que les matchs à 05h00 du matin auxquels les Diables nous condamnent avec leur troisième match à Vancouver. Comptez sur un décalage de six heures entre la côte Est américaine et Bruxelles en période estivale (CEST).
Mon classement final du Groupe I
Si je devais miser mon propre argent sur le classement final de ce groupe, voici ce que je poserais sur la table : France première avec 9 points (le carton plein), Sénégal deuxième avec 4 ou 6 points, Norvège troisième avec 3 ou 4 points, Irak quatrième avec 0 ou 1 point. La France est trop forte et trop expérimentée pour laisser des points en route dans un groupe de ce calibre. Deschamps ne fait pas de cadeaux en phase de groupes – c’est l’une de ses rares qualités unanimement reconnues. En 2018, la France avait terminé première de son groupe avec 7 points. En 2022, 6 points et première place. Le schéma se répète parce que la méthode fonctionne.
Le suspense portera sur la deuxième place, et je donne un léger avantage au Sénégal pour une raison simple : l’expérience collective. La Norvège revient après 28 ans d’absence et découvre la pression d’une phase finale. Le Sénégal, lui, a accumule du capital en Coupes du Monde récentes et en CAN. Cette expérience se traduit par une meilleure gestion des temps forts et des temps faibles dans un match – exactement le type de compétence qui fait la différence dans les rencontrès équilibrées.
Un point final sur la France, puisque c’est la raison pour laquelle la plupart des lecteurs belges ouvriront cette page : je pense que les Bleus sortent de ce groupe sans aucune difficulté, et qu’ils seront l’un des adversaires potentiels de la Belgique en huitièmes ou en quarts de finale. Oui, je sais, ce n’est pas ce que vous vouliez entendre. Mais je préfère un pronostic lucide à un voeu pieux. Si nos Diables veulent aller loin, ils devront probablement passer par Paris – au sens figure.