Quand vous êtes belge et que vous analysez l’équipe de France, il faut commencer par un aveu : on les déteste un peu, on les admire beaucoup, et on les envie énormément. Deux étoiles sur le maillot, une finale perdue aux tirs au but en 2022, un réservoir de talents qui ferait pâlir n’importe quel sélectionneur de la planète. La France à la Coupe du Monde 2026, c’est la question que tout le football européen se pose – les Bleus peuvent-ils ajouter une troisième étoile, ou le cycle Deschamps touche-t-il à sa fin ?

Deux étoiles, bientôt trois ?

Le 18 décembre 2022 à Lusail, Kylian Mbappé a inscrit un triplé en finale de la Coupe du Monde – et la France a quand même perdu. Ce soir-là, assis dans un bar de Bruxelles entouré de supporters belges qui ne savaient pas s’ils devaient rire ou pleurer de cette finale dantesque, j’ai compris quelque chose sur les Bleus : cette équipe ne meurt jamais, même quand elle perd. L’Argentine a soulevé le trophée, mais c’est la France qui a marqué les esprits.

Depuis ce jour, la question n’est plus de savoir si la France a le talent pour gagner un Mondial – c’est une évidence. La question est de savoir si Didier Deschamps, à la tête de la sélection depuis 2012, possède encore l’énergie et la fraîcheur tactique nécessaires pour mener un dernier assaut. Quatorze ans à la tête d’une même sélection, c’est une éternité dans le football moderne. Les joueurs changent, le jeu évolue, mais le sélectionneur reste le même. Cette stabilité est un atout – jusqu’au jour où elle devient une rigidité.

Le parcours des Bleus depuis la finale de 2022 est celui d’une équipe en transition maîtrisée. L’Euro 2024 en Allemagne a montré une France pragmatique, défensivement solide, mais offensivement frustrante – éliminée en demi-finale par l’Espagne dans un match où le manque de créativité a été criant. Les qualifications pour le Mondial 2026 ont confirmé cette tendance : des victoires sans éclat, une efficacité redoutable, et un spectacle qui laisse parfois à désirer. Mais le palmarès de Deschamps parle pour lui – une Coupe du Monde gagnée en 2018, une finale en 2022, un Euro en 2016. Dans l’histoire du football français, personne n’a fait mieux.

Ce que le bilan de Deschamps cache, c’est une tension permanente entre deux visions du football. La première est celle de l’efficacité : défendre bien, contre-attaquer vite, et laisser Mbappé faire la différence. La seconde est celle du jeu : contrôler le ballon, dominer la possession, et construire des actions collectives. En quatorze ans, Deschamps n’a jamais vraiment tranché – il navigue entre les deux selon l’adversaire et l’enjeu. Au Mondial 2026, cette flexibilité sera mise à l’épreuve par des adversaires qui ont eu quatre ans pour étudier ses schémas.

Vue de Belgique, la France au Mondial 2026 est l’adversaire que tout le monde veut éviter en phase à élimination directe – et que personne ne peut ignorer. Si les Diables Rouges atteignent les quarts de finale, il y a une probabilité non négligeable de retrouver les Bleus. Le souvenir de la demi-finale de 2018 est encore vif dans les mémoires belges – et pas de manière agréable. Ce soir-là, un but de Samuel Umtiti avait suffi pour briser le rêve de toute une génération de supporters rouges.

Les qualifications des Bleus décryptées

La France s’est qualifiée pour le Mondial 2026 avec la régularité d’une horloge suisse – ou devrais-je dire française. Aucune surprise, aucun drame, aucune remise en question. Deschamps a fait ce que Deschamps fait toujours : gagner les matchs qu’il faut gagner, gérer les matchs qu’il faut gérer, et ne jamais prendre de risque inutile.

Ce qui frappe dans les qualifications françaises, c’est l’absence de vulnérabilité défensive. Les Bleus ont concédé remarquablement peu de buts sur l’ensemble du cycle qualificatif, confirmant que la solidité arrière reste la pierre angulaire du système Deschamps. Cette philosophie – ne pas perdre d’abord, gagner ensuite – est frustrante pour les esthètes mais terriblement efficace dans les tournois à élimination directe. En quatorze ans sous Deschamps, la France n’a jamais été éliminée à cause d’une débâcle défensive – chaque sortie a été le résultat d’un moment individuel ou d’une séance de tirs au but, jamais d’un effondrement collectif.

L’intégration des jeunes talents dans le groupe a été progressive mais significative. Deschamps, souvent critiqué pour son conservatisme, a su intégrer de nouveaux profils sans déstabiliser l’équilibre collectif. La concurrence pour les places est féroce – la profondeur du banc français est un luxe que seuls deux ou trois autres sélectionneurs au monde peuvent revendiquer. Là où la Belgique aligne un XI type identifiable avec peu de variation, Deschamps peut changer quatre ou cinq joueurs sans que le niveau baisse perceptiblement.

Un détail qui me fascine en tant qu’analyste belge : la France est la seule grande sélection européenne qui produit des joueurs de classe mondiale à tous les postes simultanément. Gardien, défenseurs centraux, latéraux, milieux défensifs, milieux offensifs, ailiers, avant-centres – aucun poste n’est un point faible. La Belgique a des stars mais aussi des trous. L’Angleterre a une attaque de feu mais un milieu parfois fragile. L’Allemagne cherche encore son axe central. La France n’a aucun trou. C’est la réalité la plus irritante du football européen pour un analyste belge.

Mon observation de voisin belge : la France en qualifications est volontairement ennuyeuse. Deschamps garde ses meilleures cartouches pour les matchs qui comptent – et au Mondial 2026, chaque match comptera. Ne jugez pas les Bleus sur leurs qualifications. Jugez-les sur leur premier match à élimination directe.

L’effectif de Deschamps noté sur 10

Kylian Mbappé est le joueur le plus décisif de sa génération, et probablement le joueur le plus dangereux du Mondial 2026. À 27 ans, il est dans la plénitude de son talent – assez mature pour gérer les grands moments, assez jeune pour exploser sur 90 minutes. Sa première saison complète au Real Madrid a ajouté une dimension de jeu collectif qui manquait parfois au joueur du PSG. Mbappé n’est plus seulement un sprinter qui finit les actions – il est devenu un créateur capable de combiner dans des espaces réduits. Ce qui effraie le plus les défenseurs adverses, c’est qu’il n’a plus besoin de 30 mètres d’espace pour être dangereux. Cinq mètres lui suffisent. Un crochet, une accélération, une frappe – et le filet tremble. 9/10 – le seul joueur du tournoi à qui je donne cette note.

Antoine Griezmann, s’il est sélectionné, apportera l’intelligence tactique qui manque parfois aux équipes construites autour d’un seul génie offensif. Sa capacité à décrocher, à combiner avec Mbappé, et à surgir dans les zones de finition en fait un complément idéal. Le doute porte sur sa forme physique et sur la durée de ses jambes – 35 ans en mars 2026, et les dernières saisons ont montré des signes d’usure. Son rôle pourrait évoluer vers celui d’un joker de luxe en seconde mi-temps, capable de changer le cours d’un match par sa lecture du jeu plutôt que par ses courses. 7/10 si titulaire, 6/10 en sortie de banc – mais dans les deux cas, un atout que 46 autres sélectionneurs rêveraient d’avoir sur leur banc.

Aurélien Tchouaméni est devenu le patron du milieu de terrain français en l’espace de deux saisons au Real Madrid. Sa capacité à couvrir le terrain, à intercepter et à relancer proprement fait de lui le meilleur numéro 6 français depuis Patrick Vieira – la comparaison n’est pas un compliment gratuit, c’est un constat technique. Ce qui le distingue des autres milieux défensifs du tournoi, c’est sa capacité à rester lucide dans la pression – quand l’adversaire monte le pressing, Tchouaméni trouve toujours la passe qui soulage. 8/10.

Eduardo Camavinga apporte du milieu de terrain la puissance athlétique et la capacité de projection vers l’avant que Tchouaméni n’a pas. À 23 ans, il est le moteur physique de cette équipe – celui qui transforme une récupération en contre-attaque en deux foulées. Sa marge de progression est encore importante, ce qui est presque effrayant pour les adversaires. Son passage au Real Madrid a gommé ses derniers défauts de positionnement, et il arrive au Mondial avec la confiance d’un joueur qui sait performer dans les plus grands matchs. 8/10.

La défense française repose sur des noms qui font frémir n’importe quel attaquant : Upamecano, Konaté, Saliba, Theo Hernández. La profondeur à ce poste est obscène – la France pourrait aligner deux équipes défensives de niveau Ligue des champions. Quand Deschamps doit « choisir » entre Saliba et Konaté en charnière centrale, c’est un problème que 47 autres sélectionneurs aimeraient avoir. William Saliba en particulier a franchi un palier à Arsenal – sa lecture du jeu, sa vitesse de replacement et sa capacité à relancer proprement en font un défenseur central complet à seulement 25 ans. 9/10 collectivement – la meilleure défense du tournoi sur le papier.

Mike Maignan dans les buts offre une sécurité que Hugo Lloris apportait à sa manière – un gardien moderne, bon au pied, dominant dans sa surface, et capable d’arrêts décisifs dans les matchs serrés. Sa communication avec sa défense est un atout supplémentaire – Maignan organise, dirige et rassure. En phase de groupes, il sera peu sollicité. Mais quand un tir cadré arrivera en quart de finale, c’est sa réponse qui décidera du sort des Bleus. 8/10.

L’effectif français dans son ensemble mérite un 8,5/10 – le plus complet du tournoi, avec une profondeur de banc qui permet à Deschamps de s’adapter à n’importe quel scénario tactique sans perdre en qualité. Le seul bémol est la dépendance à Mbappé dans les moments décisifs – si Mbappé est neutralisé, la France a-t-elle un plan B offensif crédible ?

Groupe I – Sénégal, Norvège, Irak

Le tirage au sort a offert à la France un groupe gérable sans être anodin. Le Sénégal est le meilleur représentant africain, avec un collectif solide et des individualités qui évoluent dans les plus grands championnats européens. La Norvège, portée par Erling Haaland, est l’adversaire le plus imprévisible – une équipe capable du pire comme du meilleur, dont tout le plan de jeu repose sur la capacité de son buteur à transformer les occasions. L’Irak, pour sa première Coupe du Monde depuis 1986, apportera l’enthousiasme du débutant et la solidité défensive d’une équipe qui n’a rien à perdre.

La France terminera première de ce groupe – j’en ai la quasi-certitude. La question est de savoir avec combien de buts marqués et combien de joueurs reposés. Deschamps utilisera la phase de groupes comme un laboratoire tactique : tester des associations, gérer les temps de jeu, et surtout éviter les blessures avant la phase à élimination directe. Le match contre la Norvège sera le plus intéressant – la confrontation Mbappé contre Haaland a tout du duel générationnel qui transcende le cadre d’un simple match de poule.

Le Sénégal mérite davantage de respect que sa cote ne le suggère. L’héritage de la Coupe du Monde 2022, où les Lions de la Teranga ont atteint les huitièmes de finale, a installé une culture de compétition qui ne dépend plus d’un seul joueur. La confrontation France–Sénégal sera aussi un match chargé d’histoire – le lien entre les deux pays dépasse largement le football, et de nombreux joueurs sénégalais ont été formés dans des centres de formation français. Ce match sera regardé des deux côtés de la Méditerranée avec une intensité particulière.

L’Irak est l’inconnue totale de ce groupe. Quarante ans sans Coupe du Monde, une qualification obtenue dans des circonstances héroïques, et un public qui attend ce moment depuis une génération entière. Je ne sous-estime jamais les équipes qui portent le poids émotionnel d’un pays entier – l’Irak ne gagnera probablement pas un match dans ce groupe, mais il rendra la vie difficile à chaque adversaire. L’histoire des Coupes du Monde regorge de matchs où le petit a fait vaciller le grand dans l’atmosphère électrique d’un stade acquis à sa cause.

Cotes et potentiel : le vrai prix des Bleus

La France est cotée entre 4.50 et 5.50 pour remporter la Coupe du Monde 2026, selon l’opérateur. C’est la cote d’un co-favori avec l’Argentine – une évaluation que je trouve parfaitement justifiée. Les Bleus ont l’effectif le plus profond, le sélectionneur le plus expérimenté en phase finale, et un Mbappé en pleine maturité.

La question pour le parieur belge est simple : y a-t-il de la value à ces cotes ? Ma réponse est non – pas sur le marché du vainqueur. La France est correctement cotée, ni surcotée ni sous-cotée. Les probabilités implicites de 18 à 22 % correspondent à mon évaluation personnelle des chances françaises. Ce n’est pas un pari que je recommande pour la value – c’est un pari de conviction pour ceux qui croient que Deschamps et Mbappé écriront l’histoire. Les bookmakers ont intégré toutes les informations disponibles sur cette équipe, et quand les bookmakers sont bien informés, il est très difficile de trouver un avantage.

Là où je vois de la value sur la France, c’est sur les marchés secondaires. La France comme meilleure défense du tournoi est un pari intéressant à des cotes souvent supérieures à 5.00. Avec la charnière Saliba–Konaté ou Saliba–Upamecano devant Maignan, les Bleus ont les arguments pour concéder le moins de buts du tournoi – surtout si Deschamps reste fidèle à sa philosophie défensive. Mbappé comme meilleur buteur du tournoi, malgré des cotes relativement basses autour de 7.00-8.00, offre un rapport risque/récompense favorable – si la France atteint les demi-finales, Mbappé aura joué au minimum six matchs, ce qui lui donne un avantage statistique sur les buteurs des équipes éliminées plus tôt.

Un angle de paris souvent négligé sur la France : le nombre de clean sheets dans le tournoi. Deschamps construit ses victoires sur la solidité défensive, et la phase de groupes contre le Sénégal, la Norvège et l’Irak offre au moins deux matchs où un clean sheet est hautement probable. Si vous trouvez un marché « plus de 3,5 clean sheets pour la France dans le tournoi » à une cote supérieure à 3.00, c’est un pari que je considérerais sérieusement.

En tant que Belge, je ne parierai pas sur la France pour remporter le Mondial. Ce n’est pas une question d’analyse – c’est une question de principe. Certaines lignes ne se franchissent pas, même pour de la value. Mais si vous n’avez pas ce conflit d’intérêt géographique, la France à 5.00 est un pari rationnel – pas excitant, pas spectaculaire, mais rationnel.

Le rival qu’on ne peut pas ignorer

La France au Mondial 2026 est ce que la Belgique aimerait être : une équipe avec un palmarès, un système éprouvé et un joueur capable de gagner un tournoi à lui seul. Dire le contraire serait de la mauvaise foi – et je préfère l’honnêteté inconfortable au patriotisme aveugle.

Ce qui rend la France si redoutable dans les tournois, c’est sa capacité à élever son niveau quand l’enjeu augmente. En phase de groupes, les Bleus jouent à 70 % de leur potentiel. En huitièmes de finale, ils montent à 80 %. Et dans les matchs décisifs – quarts, demis, finale – ils trouvent des ressources que la plupart des équipes ne possèdent pas. C’est un trait culturel autant que sportif : les joueurs français sont formés dans un système qui valorise la compétition à haute intensité dès les catégories de jeunes. Quand un Français de 25 ans arrive en quart de finale d’un Mondial, il a déjà connu des dizaines de matchs à élimination directe entre les coupes nationales, la Ligue des champions et les tournois de jeunes.

Si les Diables Rouges et les Bleus se croisent en phase à élimination directe, ce sera le match le plus important du football belge depuis la demi-finale de 2018. Garcia contre Deschamps, Doku contre Mbappé, Onana contre Tchouaméni – les duels individuels seront fascinants. Mais l’avantage sera français, parce que la France sait gagner les matchs à élimination directe et que la Belgique, historiquement, ne sait pas.

La France fait partie des trois favoris légitimes de ce Mondial. Pour la battre, il faudra plus que du talent – il faudra du caractère, de la chance, et cette dose d’injustice que le football offre parfois aux plus méritants. En attendant, je l’observe depuis Bruxelles avec le mélange d’admiration et d’irritation que seul un voisin peut comprendre.

La France est-elle favorite pour la Coupe du Monde 2026 ?
Oui. Les bookmakers placent la France parmi les deux ou trois favoris principaux, avec des cotes entre 4.50 et 5.50 pour le titre. L"effectif est considéré comme le plus profond du tournoi, avec Mbappé comme atout majeur.
Dans quel groupe joue la France au Mondial 2026 ?
La France est dans le Groupe I avec le Sénégal, la Norvège et l"Irak. Le groupe est considéré comme gérable pour les Bleus, même si le Sénégal et la Norvège d"Erling Haaland sont des adversaires sérieux.
Didier Deschamps sera-t-il toujours sélectionneur au Mondial 2026 ?
Sauf changement majeur, Deschamps dirigera les Bleus au Mondial 2026. Il est en poste depuis 2012, ce qui en fait le sélectionneur le plus ancien parmi les favoris du tournoi. Ce sera probablement sa dernière grande compétition à la tête de l"équipe de France.