Le vrai groupe de la mort ?
Chaque Coupe du Monde produit son « groupe de la mort » – cette poule où au moins trois équipes pourraient légitimêment se qualifier, et où l’élimination d’un grand nom semble inéluctable. En 2026, plusieurs groupes revendiquent ce titre, mais le Groupe L est celui qui me fait le plus hésiter quand je sors mon stylo pour poser des pronostics. L’Angleterre, finaliste de l’Euro 2020 et demi-finaliste du Mondial 2018, fait figure de favori. Mais la Croatie de Luka Modric, finaliste du Mondial 2018 et demi-finaliste en 2022, ne sera pas la pour faire de la figuration. Et le Ghana, qui a déjà éliminé les États-Unis en 2010 et terrifie l’Allemagne en 2014, possède le potentiel athlétique pour bousculer n’importe qui.
C’est le seul groupe de ce Mondial 2026 où je ne suis pas capable de désigner le premier et le deuxième avec certitude. D’habitude, je tranche – c’est mon métier, et neuf ans d’analyse des phases de groupes m’ont donne assez de confiance pour assumer mes choix. Ici, j’hésite. L’Angleterre à le talent mais pas le mental. La Croatie à le mental mais plus la jeunesse. Le Ghana à l’athlétisme mais pas la régularité. Et quand un analyste hésite, c’est généralement le signe que le groupe va produire du spectacle – et des mauvaises surprises pour ceux qui parient sans réfléchir.
Angleterre, Croatie, Ghana, Panama – notation sur 10
Commençons par l’Angleterre, parce que c’est l’équipe la plus attendue et probablement la plus suranalysée de ce tournoi. Les Three Lions arrivent dans ce Mondial avec un effectif qui, sur le papier, est l’un des trois meilleurs du monde : Jude Bellingham au Real Madrid, Phil Foden à Manchester City, Bukayo Saka à Arsenal, Harry Kane au Bayern Munich. La profondeur de banc est presque obscène – des joueurs comme Cole Palmer ou Kobbie Mainoo, qui seraient titulaires dans la plupart des sélections mondiales, doivent se contenter du banc. Et pourtant, l’Angleterre échoue. Systématiquement. Demi-finaliste en 2018, finaliste de l’Euro 2021, quart-de-finaliste en 2022 – toujours à un pas du titre, jamais sur la plus haute marche. Ce paradoxe entre le talent individuel et la stérilité collective reste le mystère du football anglais contemporain. Je note l’Angleterre à 7.5/10 dans ce groupe – un chiffre qui reflète la qualité brute, diminuée par l’historique de contre-performances en phases décisives. Le problème anglais n’est pas technique, il est mental : cette équipe se crispe quand l’enjeu devient maximal, et les phases de groupes sont parfois le début de cette crispation.
La Croatie, en revanche, est l’équipe que je respecte le plus dans ce groupe. Quatre millions et demi d’habitants, aucun championnat domestique parmi les 20 premiers européens, et malgré cela : finaliste en 2018, troisième en 2022, un palmarès en Coupe du Monde qui ferait pâlir des nations dix fois plus grandes. Le secret croate tient en deux mots : le milieu de terrain. Même si Luka Modric aura 40 ans pendant le tournoi, le système croate ne repose plus uniquement sur lui. Une nouvelle génération de milieux a émergé, et la philosophie de jeu – possession, patience, qualité technique – reste intacte. Mon évaluation : 7/10 dans ce groupe. La Croatie est capable de battre l’Angleterre dans un match donne, et elle l’a déjà prouvé en demi-finale du Mondial 2018 avec cette victoire en prolongation qui avait sidéré l’Europe. L’âge de Modric est un facteur limitant, mais l’intelligence collective de cette équipe compense partiellement. Ce que la Croatie perd en vitesse, elle le gagne en lecture du jeu et en maturité tactique.
Le Ghana représente l’inconnue africaine de ce groupe, et c’est une inconnue que je prends très au sérieux. Les Black Stars possèdent l’un des réservoirs de talents les plus profonds du continent africain, avec des joueurs répartis dans les grands championnats européens – Premier League, Bundesliga, Série A. La puissance physique ghanéenne, combinée à une vitesse en transition qui peut déchirer n’importe quelle défense, fait du Ghana un adversaire redoutable en match unique. Le souvenir de la Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud reste vif : le Ghana était à un penalty de devenir la première équipe africaine en demi-finale d’un Mondial, avant que la main de Luis Suarez ne change le cours de l’histoire. En 2014, les Black Stars avaient tenu tête à l’Allemagne, future championne du monde, avec un match nul 2-2 spectaculaire. Je donne au Ghana un 5.5/10 dans ce groupe – pas suffisant pour se qualifier comme favori, mais assez pour prendre des points aux deux cadors européens et potentiellement se glisser en huitièmes comme meilleur troisième.
Le Panama ferme la marché avec un profil d’outsider assume. La sélection centro-américaine a connu son heure de gloire en 2018 avec une première qualification en Coupe du Monde, une expérience qui s’était soldée par trois défaites et zero point – mais qui avait marqué l’histoire du pays de manière indélébile. Le Panama 2026 est plus expérimenté mais reste limite en termes de qualité individuelle. La plupart des joueurs évoluent en MLS ou dans les championnats d’Amérique centrale, ce qui pose un problème d’adaptation au niveau international le plus élevé. Le jeu panaméen est direct, physique, avec une préférence pour les ballons longs et les duels aériens – un style qui peut fonctionner ponctuellement contre des équipes qui n’y sont pas préparées. Mon évaluation : 3/10 dans ce groupe. Le Panama est la pour participer, pas pour se qualifier, et chaque point grappillé sera vécu comme une victoire. Mais attention : sous-estimer une équipe d’Amérique centrale jouant sur le sol nord-américain, avec le soutien d’une diaspora considérable aux États-Unis, serait une erreur que j’ai déjà vue coûteuse dans d’autrès tournois.
Calendrier et horaires
Le Groupe L se joue intégralement sur le sol américain, ce qui signifie des décalages horaires de six à neuf heures par rapport à Bruxelles selon le stade. Le choc Angleterre-Croatie, programmé en première journée, est le match que tout le monde attend – et à juste titre. C’est une opposition entre deux philosophies du football européen : la puissance physique et la vitesse anglaises contre la maîtrise technique et la patience croate. Le résultat de ce match conditionne tout le reste du groupe.
La deuxième journée met en scene le Ghana face à l’un des deux cadors européens, un match qui pourrait basculer dans un sens ou dans l’autre. Les Black Stars jouent historiquement mieux en début de tournoi, quand la fraîcheur physique compense les écarts techniques. La troisième journée, avec des matchs simultanes, est le moment où les calculs remplacent le football – et où les surprises sont les plus cruelles. Pour les parieurs belges, les horaires en soirée CEST rendent ce groupe plus accessible que certains autres, même si les matchs de fin de journée américaine tombent tard dans la nuit européenne.
Un détail logistique qui peut avoir son importance : les déplacements entre les stades américains impliquent parfois des trajets de plusieurs milliers de kilomêtrès et des changements de fuseau horaire pour les équipes elles-mêmes. La Croatie, avec un effectif plus age, pourrait souffrir davantâge de ces contraintes que l’Angleterre où le Ghana, dont les joueurs sont habitués àu rythme effrénée de la Premier League et des compétitions africaines.
Mon pronostic : qui sort et qui reste
Voici où je me mouille, et c’est là que mon hésitation se transforme en prise de position. Je vois l’Angleterre terminer première de ce Groupe L, mais avec seulement 7 points – pas le carton plein. Le match contre la Croatie sera un nul (1-1 ou 0-0), et c’est ce partâge de points qui va condenser le suspense autour de la deuxième place. La Croatie termine deuxième avec 5 points, le Ghana troisième avec 4 points, et le Panama quatrième avec 0 ou 1 point.
Le scénario alternatif qui me trotte dans la tête : la Croatie première et l’Angleterre deuxième. Ce n’est pas un scénario fantasiste – c’est exactement ce qui s’est passé en demi-finale du Mondial 2018, quand les Croates avaient éliminé les Anglais en prolongation. Si Modric et ses coéquipiers trouvent le rythme des les premiers matchs, ils ont la qualité technique pour dominer la possession face à l’Angleterre et dicter le tempo du match. L’Angleterre, historiquement, gère mal les adversaires qui la privent du ballon – c’est dans ce type de configuration que les Three Lions deviennent prévisibles et frustrés.
Le Ghana est l’équipe qui peut tout faire exploser. Si les Black Stars battent la Croatie ou l’Angleterre lors de la première ou deuxième journée, le groupe entier est relancé. Trois équipes a 3 ou 4 points avant la dernière journée, avec tout à jouer – c’est le scénario du groupe de la mort dans toute sa splendeur. Et c’est aussi la raison pour laquelle je considère le Groupe L comme le plus imprévisible de ce Mondial 2026, devant les groupes F et H qui sont souvent cités. Le Panama, dans ce contexte, joue le rôle de variable d’ajustement : battre le Panama est obligatoire pour tout prétendant à la qualification, et une contre-performance contre les Centro-américains serait fatale.
Cotes et paris pour le Groupe L
Les bookmakers licenciés en Belgique placent l’Angleterre comme favorite claire avec une cote de qualification autour de 1.15 et une cote de première place à environ 1.60. La Croatie qualifiée se négocie entre 1.70 et 2.00. Le Ghana qualifié est cote entre 3.50 et 4.50, et le Panama au-delà de 10.00. Ces cotes reflètent une hiérarchie que je partage dans les grandes lignes, mais avec quelques nuances importantes. L’écart entre l’Angleterre première a 1.60 et la Croatie première a 3.50-4.00 me semble trop large compte tenu de la qualité croate en phase finale.
La cote qui me semble la plus intéressante dans ce Groupe L de la Coupe du Monde 2026 est la Croatie première du groupe, cotée entre 3.50 et 4.00. C’est une cote qui implique une probabilité de 25-28%, alors que mon analyse la place plutôt autour de 35%. L’expérience croate en phases finales, combinée au fait que l’Angleterre a tendance a démarrer lentement les tournois, créé un écart exploitable. Si je ne devais jouer qu’un seul pari sur ce groupe, ce serait celui-la. La Croatie à l’habitude des grands rendez-vous, et Modric dans les matchs a enjeu est un joueur qui transcende son age.
Le Ghana qualifié a 3.50-4.50 est également un pari que je considère sérieusement, mais avec une mise plus modeste. Les équipes africaines en phase de groupes sont capables du meilleur comme du pire, et cette volatilité se reflète dans les cotes. C’est un pari pour les joueurs qui acceptent le risque en échange d’un rendement potentiellement élevé. Le format des meilleurs troisièmes rend ce pari plus viable qu’il ne l’aurait été dans l’ancien format à 32 équipes – quatre points et une différence de buts favorable pourraient suffire au Ghana pour poursuivre l’aventure. En 2022, l’Australie s’était qualifiée comme deuxième de son groupe avec seulement 6 points – le seuil pour les meilleurs troisièmes en 2026 pourrait être encore plus bas avec 12 groupes au lieu de 8.