Quand on est belge et qu’on parle des Pays-Bas, il faut d’abord préciser de quel côté de la rivalité on se place – et je me place du côté de celui qui regarde le voisin avec un mélange d’envie et de compétition fraternelle. Les Oranje n’ont jamais gagné la Coupe du Monde malgré trois finales perdues – 1974, 1978, 2010. Cette absence de titre mondial, pour une nation qui a révolutionné le football avec le Total Voetbal de Johan Cruyff, est le plus grand paradoxe du football européen. Les Pays-Bas à la Coupe du Monde 2026 arrivent avec une équipe en reconstruction et l’espoir tenace que cette fois, enfin, les étoiles s’aligneront.

Le rival d’à côté

J’ai grandi à Anvers, à 30 kilomètres de la frontière néerlandaise. Mes premiers souvenirs de football sont les disputes familiales autour de Belgique–Pays-Bas – mon oncle supportait les Oranje par pure provocation, mon père défendait les Diables avec une ferveur quasi religieuse. Cette rivalité de voisinage est le moteur de mon intérêt pour l’équipe néerlandaise – je veux qu’ils perdent, mais je veux qu’ils perdent contre nous, pas contre quelqu’un d’autre.

Le football néerlandais traverse une période de transition depuis la demi-finale du Mondial 2014 et le quart de finale du Mondial 2022. L’ère Van Gaal, puis l’ère Koeman, ont produit des résultats respectables sans retrouver le feu sacré du Total Voetbal. Les Pays-Bas de 2026 ne sont plus l’équipe de Cruyff, de Van Basten ou de Robben – ils sont une sélection compétitive, organisée et talentueuse, mais dépourvue du génie individuel qui transformait chaque match en spectacle. La question pour le Mondial 2026 est de savoir si le collectif peut compenser l’absence d’un joueur transcendant.

Ce qui me frappe dans cette équipe néerlandaise, c’est la solidité du milieu de terrain. Frenkie de Jong, quand il est en forme, reste l’un des milieux les plus élégants du football européen – sa capacité à porter le ballon depuis la défense et à accélérer le jeu en une touche est un héritage direct de la tradition néerlandaise. Autour de lui, des joueurs comme Xavi Simons et Ryan Gravenberch apportent une énergie physique et une verticalité que les Pays-Bas n’avaient pas il y a dix ans. Le milieu de terrain est le point fort de cette équipe – et dans un Mondial à 48 équipes où le contrôle du tempo est essentiel, c’est un atout considérable.

En tant que Belge, je respecte les Pays-Bas et je ne les sous-estime jamais. Nos deux pays partagent la même frustration – des générations dorées sans trophée majeur – et la même détermination à prouver que le talent finit par être récompensé. Si la Belgique et les Pays-Bas se croisent en phase à élimination directe, ce sera le derby le plus intense du Mondial 2026. Et pour une fois, je ne sais pas qui je voudrais voir gagner – nous, évidemment, mais si ce n’est pas nous, alors nos voisins plutôt que n’importe qui d’autre.

Effectif néerlandais noté sur 10

Cody Gakpo est devenu le joueur le plus décisif de cette sélection – pas le plus talentueux, pas le plus spectaculaire, mais celui qui marque quand ça compte. Son Euro 2024 et son Mondial 2022 ont confirmé qu’il possède ce gène du buteur de tournoi que les statistiques de club ne capturent pas toujours. Sa polyvalence – ailier gauche, attaquant central, milieu offensif – offre à Ronald Koeman des options tactiques précieuses. 7/10.

Xavi Simons représente le futur du football néerlandais – un milieu offensif de 23 ans dont la technique, la vision du jeu et la capacité de frappe à distance en font un joueur capable de moments de génie individuel. Son passage au PSV puis au RB Leipzig a montré qu’il peut briller au plus haut niveau européen. Le risque est la pression – Simons n’a jamais vécu un Mondial, et les attentes néerlandaises sur ses épaules seront considérables. 7/10 avec un potentiel d’explosion.

Frenkie de Jong, s’il arrive en forme au Mondial – et c’est un grand « si » après des blessures récurrentes – est le joueur qui donne à cette équipe son identité. Sans De Jong, les Pays-Bas sont une bonne équipe européenne. Avec De Jong, ils sont un prétendant. Sa capacité à porter le ballon sous pression, à éliminer le pressing adverse par des dribbles au milieu de terrain et à distribuer avec précision fait de lui le joueur le plus irremplaçable de l’effectif. 8/10 en forme – mais la forme est la variable la plus incertaine de l’équation néerlandaise.

Virgil van Dijk reste le patron de la défense, même si ses meilleures années sont derrière lui. À 34 ans, sa lecture du jeu et son jeu de tête compensent la perte de vitesse – Van Dijk n’a plus besoin de courir vite parce qu’il anticipe les situations trois secondes avant les autres. Son leadership dans le vestiaire est un atout intangible que les notes sur 10 ne capturent pas. 7/10 – un 9/10 de charisme et un 6/10 d’athlétisme.

L’attaque est le secteur où les Pays-Bas manquent de profondeur. Gakpo est fiable, mais le neuf de référence – que ce soit Memphis Depay en fin de carrière ou un jeune buteur émergent – n’a pas la stature internationale des grands avant-centres du tournoi. Depay, s’il est convoqué à 32 ans, apportera l’expérience et la capacité à convertir les occasions nettes – mais sa mobilité déclinante le cantonne à un rôle de finisseur statique plutôt que de point d’appui dynamique. Brian Brobbey, l’alternative physique de l’Ajax, offre un profil diamétralement opposé – puissant, rapide, mais techniquement limité. Koeman devra choisir entre l’expérience qui rassure et la jeunesse qui bouscule. 6/10 pour le secteur offensif hors Gakpo.

Le poste de gardien est occupé par Bart Verbruggen, jeune gardien de Brighton qui a émergé comme titulaire depuis l’Euro 2024. Son jeu au pied est excellent – un atout précieux dans un système néerlandais qui construit depuis l’arrière – mais son manque d’expérience au plus haut niveau international reste une inconnue. Les grands gardiens de Coupe du Monde se révèlent dans les matchs à élimination directe – Verbruggen n’a jamais vécu cette pression. 6/10 avec un potentiel de croissance rapide si la confiance s’installe.

L’effectif néerlandais dans sa globalité mérite un 7/10 – compétitif, bien organisé, mais un cran en dessous des favoris absolus. La clé sera la santé de De Jong et la capacité de Simons à confirmer son statut de star émergente sur la plus grande scène du football. Le banc est correct mais sans la profondeur obscène de la France ou de l’Angleterre – si deux titulaires se blessent, le niveau baisse perceptiblement.

Groupe F – Japon, Suède, Tunisie

Le Groupe F est un piège déguisé en groupe abordable. Le Japon est l’adversaire le plus dangereux – une équipe qui a battu l’Espagne et l’Allemagne en phase de groupes du Mondial 2022 et qui arrive en 2026 avec la génération la plus talentueuse de son histoire. La confrontation Pays-Bas–Japon sera le match décisif du groupe, et les Néerlandais feraient bien de ne pas prendre les Samouraïs Bleus à la légère.

La Suède, classique du football européen, apportera la rigueur tactique et la puissance physique scandinave. L’ère post-Ibrahimovic est désormais installée, et la Suède a reconstruit son identité autour d’un collectif solide plutôt que d’une individualité dominante. Alexander Isak, le buteur de Newcastle, est le joueur le plus dangereux de cette sélection – sa vitesse, sa technique et son sang-froid devant le but en font une menace que les défenseurs néerlandais devront surveiller de près. La Tunisie, habituée des Coupes du Monde avec sa sixième qualification, complétera un groupe où aucun match ne sera une formalité. Les Aigles de Carthage ont la discipline défensive et l’expérience des grands tournois pour compliquer la vie de n’importe quel favori.

Mon pronostic : Pays-Bas premiers avec 7 points, dans un groupe plus équilibré que les cotes ne le suggèrent. Le Japon est tout à fait capable de battre les Oranje sur un match – et si cela arrive, le stress de la qualification pourrait affecter la dynamique néerlandaise pour la suite du tournoi.

Cotes et value : les Oranje sous-cotés ?

Les Pays-Bas sont cotés entre 12.00 et 18.00 pour le titre – une fourchette qui les place dans la catégorie des outsiders seconds. Mon évaluation est que les Oranje sont légèrement sous-cotés à 18.00 et correctement cotés à 12.00-14.00. L’effectif est suffisamment talentueux pour atteindre les quarts de finale et, avec un tirage favorable, les demi-finales. Le titre est théoriquement possible mais improbable – les Pays-Bas n’ont pas la profondeur d’effectif ni la solidité défensive des vrais favoris.

La value se trouve sur les marchés de groupe – qualification des Pays-Bas en première place du Groupe F à des cotes autour de 1.60-1.80 – et sur Gakpo comme buteur du groupe, un marché où les cotes reflètent rarement la capacité de Gakpo à marquer en tournoi. En tant que Belge, je ne parierai pas sur les Pays-Bas pour le titre – la rivalité l’interdit – mais je reconnais que la value existe pour les parieurs sans attaches géographiques.

Le voisin qu’on surveille du coin de l’œil

Les Pays-Bas au Mondial 2026 sont une équipe honorable dans un tournoi de géants – suffisamment bons pour passer les phases de groupes, insuffisamment dominants pour imposer leur loi en phase finale. C’est la réalité du football néerlandais contemporain : un héritage immense, un talent réel, mais une incapacité chronique à franchir la dernière marche.

Mon pronostic : quarts de finale, avec une sortie probable contre l’un des favoris. Si le tirage est clément, les demi-finales sont atteignables. Mais le titre – ce titre que les Pays-Bas poursuivent depuis 1974 – reste un rêve trop lointain pour cette génération. Comme les Diables Rouges, les Oranje doivent accepter que le talent seul ne suffit pas – et c’est une leçon que nos deux nations refusent obstinément d’apprendre.

Les Pays-Bas peuvent-ils gagner la Coupe du Monde 2026 ?
Les Pays-Bas font partie des outsiders avec des cotes entre 12.00 et 18.00. L"effectif est compétitif mais manque de la profondeur et de la régularité des vrais favoris. Un parcours jusqu"en quarts ou demi-finales est réaliste, le titre serait une surprise majeure.
Frenkie de Jong sera-t-il en forme pour le Mondial 2026 ?
La disponibilité de De Jong est la plus grande inconnue de la sélection néerlandaise. Ses blessures récurrentes font de sa présence un facteur déterminant – avec De Jong en forme, les Pays-Bas sont un prétendant sérieux aux quarts de finale.